UNITE
D'ENSEIGNEMENT DE
MEDECINE GENERALE
-Genève-
mise à jour : 24.01.2003
Projet d'unité d'enseignement de médecine générale pour le Canton de Genève
Jacques CAMPICHE, Danièle
LEFEBVRE, François MOTTU
- Le 12 février 1993 -
RESUME :
6,2% des médecins
installés à Genève, telle est la proportion de généralistes
bien formés (diplômes FMH). La quantité de médecins
de premier recours (généralistes, internistes généraux,
pédiatres) est de 28 %, ce qui reste très insuffisant pour maintenir
un niveau satisfaisant et garantir un fonctionnement économique du
réseau de santé publique.
Un des meilleurs moyens de valoriser la profession de généraliste
est de dispenser un enseignement spécifique aux étudiants en
médecine. A cette demande, reconnue par l'octroi d'un budget par le
Département de la Prévoyance Sociale et de la Santé Publique,
répond notre projet d"Unité d'enseignement de médecine
générale".
Seront engagés dans cette unité des médecins praticiens
en médecine générale, réunis en "Groupe des
enseignants et maîtres de stage". Parmi eux, trois à cinq
seront nommés "Chargés d'enseignement". Ce document
énumère quelques-unes des tâches qui attendent ces derniers.
SUMMARY :
6,2% of doctors in
practice in Geneva are qualified general practitioners (F.M.H. title). Only
28% of doctors give primary care as a general practitioner, a specialist in
general internaI medecine or as a paediatrician, which is insufficient to
guarantee an economic and adequate level of public health.
One of the best methods to increase the standing of the profession of general
practitioner is to teach this as a speciality to medical students. At our
request the department of health has allowed us funds to set up our project
of a "teaching unit of general medecine".
A number of general practitioners is being formed into a "group of teachers
and course leaders" and amongst them 3-5 doctors will be "responsable
for the teaching programme". This document sets out some of the expected
work load for those doctors who will be responsable for this programme.
Abréviations
:
AMG : Association des Médecins du Canton de Genève
DIP : Département de l'Instruction Publique du Canton de Genève
DPSSP : Département de la Prévoyance Sociale et de la Santé
Publique du Canton de Genève
FMH : Fédération des Médecins Suisses
GGMG : Groupement Genevois des Médecins Généralistes
HCUG : Hôpital Cantonal Universitaire de Genève
MG : Médecine Générale
SSMG : Société Suisse de Médecine Générale
HISTORIQUE
En Suisse
Dès le 19 novembre
1980, la loi suisse impose un enseignement de MG. En effet, à l'article
17 de l'Ordonnance concernant les examens de médecin, on peut lire
ceci :
"Pour être admis à se présenter à la troisième
partie de l'examen final, le candidat doit avoir réussi la deuxième
partie et fréquenté un enseignement coordonné sur les
questions de la MG (...). Les épreuves devront avoir autant que possible
un caractère pluridisciplinaire en tenant en particulier compte des
problèmes de la pratique médicale générale".
Le titre FMH en MG a été créé en 1966, et la Chambre Médicale en séance le 10.12.1992 a jugé adéquat d'utiliser le terme de "spécialiste en Médecine Générale" (Facharzt für Allgemeinmedizin) dans le but de faire reconnaître cette formation comme spécifique, au même titre que les autres spécialités.
La SSMG regroupe les expériences des médecins enseignants des cinq facultés dans une "Commission pour la formation pré-graduée". A Berne, la FIAM (Fakultäre Instanz für Allgemeinmedizin) aura 10 ans en juin 1993. A Zürich, dès 1982, la FIHAM (Fakultäre Instanz für Hausarztmedizin) est le lieu d'enseignement de la MG.
A Genève
Depuis 15 ans, les
stages d'étudiants chez les praticiens sont bien fréquentés
(10 à 20 étudiants chaque année). Ils ont été
initiés, encouragés et coordonnés au départ par
le professeur F. CHATELANAT.
Dès le 25 mai 1987, huit heures de cours sont donnés chaque
année par des médecins généralistes aux étudiants
de 5ème, puis de 4ème année. A cette occasion s'est constitué
un groupe d'enseignants ayant deux priorités : se former en didactique
et définir des sujets spécifiques d'enseignement. Chaque enseignant
accepte d'être évalué par les étudiants lors des
cours ou des stages.
En accord avec le professeur A. CUENDET, doyen de la Faculté de Médecine,
le professeur H. STALDER a créé le 19 mars 1987 un groupe de
travail sur l'enseignement de la MG. Le but de ce groupe est de soutenir l'application
de l'Ordonnance fédérale mentionnée ci-dessus.
Dès 1983, des stages médico-sociaux souvent effectués par les étudiants dans de cadre du SASCOM (Service d'Aide et de Soins Communautaires de la Croix-Rouge Genevoise) sont soutenus et encadrés par les médecins installés en pratique privée.
En 1990, un "plan de Réforme des Etudes de Médecine" a été discuté à Genève. Un nouveau système d'éducation, basé sur l'apprentissage par problème, centré sur l'étudiant, permettrait aux futurs médecins de mieux faire face au développement et au renouvellement constant des connaissances. Jusqu'à maintenant le sous-groupe de travail "Habiletés Cliniques", auquel quelques enseignants en MG ont participé, n'a pas jeté de bases suffisantes pour un enseignement spécifique en MG. Des praticiens seraient prêts à s'engager dans ce type d'enseignement, à condition que les objectifs d'une médecine globale soient discutés avec eux.
En Europe
Face au défi européen, la SSMG a décidé d'adhérer au UEMO (Union Européenne des Médecins Omnipraticiens). Cette décision a déjà été entérinée, indépendamment de l'éventuel refus du peuple suisse à entrer dans la CE.
Dans les considérants d'une Directive du Conseil de l'Europe du 15 septembre 1986, relative à une formation spécifique en médecine générale, on peut lire que :
"(...) des aspects importants de la MG ne peuvent plus être enseignés de façon satisfaisante dans le cadre de la formation traditionnelle de base des Etats membres ;
(...) une meilleure adaptation du médecin généraliste à sa fonction spécifique contribue à améliorer le système de dispensation des soins, notamment en rendant plus sélectif le recours aux médecins spécialistes, ainsi qu'aux laboratoires et autres établissements et équipements hautement spécialisés".
PERSPECTIVE POLITIQUE
La proportion idéale
de médecins de premier recours, généralistes, internistes
généraux et pédiatres dans un système de santé,
est de 50 %. Ceci tient compte du fait que ces médecins peuvent résoudre
eux-mêmes 85% des problèmes posés par les patients (The
Shortage of Generalists Physicians, American Family Physician, April 1992,
p 1573).
Ces praticiens doivent avoir envie de dispenser des soins globaux et suivis
(physiques et psycho-sociaux) et être bien formés pour le faire.
Ces soins doivent inclure non seulement les diagnostics et les traitements,
mais aussi des soins préventifs, de soutien et de réhabilitation.
En augmentant la proportion
de ce type de médecins, on fait faire des économies à
la société. Les généralistes doivent être
spécifiquement entraînés à prévenir des
maladies coûteuses et à traiter les problèmes de santé
de façon économique.
A Genève, les médecins de premier recours représentent
28% des installations. Ce chiffre tombe à 6,2% pour les installations
de spécialistes FMH en médecine générale.
Il parait urgent de changer cette situation et d'ainsi rendre aux spécialités leurs places respectives : trop de médecins doivent faire de la MG sans en avoir envie et sans l'avoir apprise.
Pourquoi un enseignement de médecine générale ?
La crise financière du système de santé suisse est en partie due à une répartition inadéquate du nombre de médecins pratiquant les diverses spécialités médicales. Il faut donc trouver des moyens pour promouvoir la MG.
A Genève, ces incitations reposent sur trois piliers :
- reconnaissance de la spécificité de la MG par la création et le contrôle du titre de spécialiste FMH. Ceci nécessite, entre autre, la création d'un cursus postgradué de formation bien spécifique.
- rétribution équitable par rapport aux autres intervenants du système de santé.
Une pierre angulaire évidente de ce programme est l'enseignement à dispenser aux étudiants en médecine et aux assistants des hôpitaux.
COMMENT ENSEIGNER LA MEDECINE GENERALE ?
Notre but est avant tout de rendre dynamiques et de renforcer les structures déjà existantes. 20 généralistes reçoivent des stagiaires, 12 d'entre eux forment un groupe d'enseignement. Ils participent au "Groupe de travail sur l'enseignement de la MG" (Professeur H. STADLER), ainsi qu'à la "Commission d'attribution des postes d'assistants en formation de MG" (Professeur A. DONATH).
Le GGMG (président, docteur J. de HALLER) et le groupe des enseignants (présidente, Docteur D. LEFEBVRE) ont décidé de promouvoir une structure reconnue et financée par le DIP et le DPSSP. Cette structure sera habitée par les enseignants et maîtres de stage actuels, dont 3 à 5 seront nommés responsables de l'enseignement ("Chargés d'enseignement de la MG").
Enseignants et maîtres de stage
Les enseignants et maîtres de stages devront constituer un groupement ("Groupe des médecins généralistes enseignants et maîtres de stages").
Pour faire partie
de ce groupe, les praticiens intéressés devront remplir les
conditions suivantes :
- titre FMH (ou formation équivalente),
- pratique extra-hospitalière depuis au moins 3 ans,
- pratique basée sur des notions scientifiques,
- participation pendant au moins un semestre par an à l'une des différentes
activités,
- participation au moins une fois tous les deux ans à un cours de perfectionnement
pédagogique,
- acceptation d'une évaluation.
Les candidats possédant les qualités requises se présenteront au Groupe, qui les élira par cooptation. Celui-ci contrôlera la qualité et les prestations des enseignants. La présidence du Groupe reviendra à l'un des Chargés d'enseignement. Le financement des prestations de ce groupe sera assuré par la Faculté (DIP).
Les Chargés d'enseignement
Les Chargés d'enseignement de la MG seront nommés conjointement par le Groupe des médecins généralistes enseignants et maîtres de stages et par le GGMG.
Leur but sera de coordonner l'enseignement prégradué, postgradué et continu de MG à la Faculté de Médecine.
Les qualifications nécessaires pour être Chargé d'enseignement sont :
- 4 ans de pratique
en cabinet privé de MG,
- être possesseur du titre FMH,
- avoir pratiqué 2 ans d'enseignement en participant aux cours donnés
aux étudiants et en prenant des stagiaires,
- avoir suivi une formation didactique reconnue par le Groupe des enseignants,
- accepter une évaluation de la part des étudiants,
- accepter un contrat limité à deux ans, éventuellement
renouvelable une fois.
ORGANISATION DES RESPONSABLES DE L'ENSEIGNEMENT
Les médecins
nommés Chargés d'enseignement s'engagent à consacrer
20% de leur temps de travail à l'enseignement (8 heures par semaine,
dont la moitié proches des étudiants et des assistants).
Ils organisent la prise en charge de leurs patients de manière à
pouvoir dégager ce temps.
Le budget voté par le Grand-Conseil genevois en décembre 1992
garantit le financement de ces postes (ainsi qu'un budget de fonctionnement)
par le DPSSP. Sur une somme globale de 200'000.--frs, 140'000.-- frs servent
à payer les médecins chargés d'enseignement (5x20%).
Afin d'être rapidement connus des étudiants et des assistants,
il paraît essentiel d'avoir un nom, un lieu de rencontre avec une table
de réunion et un écriteau contre une porte, du papier à
lettre à en-tête et un numéro de téléphone
(bip).
Cahier des charges des responsables de lenseignement
1. Se faire connaître
Participer aux travaux
de la Commission d'enseignement clinique (professeur A. SAFRAN, président).
Prendre position face à des choix facultaires concernant l'enseignement
de la MG. Ces positions devront être rédigées et diffusées.
Entretenir des contacts ouverts avec les actuels professeurs de la Faculté
pour expliquer leur orientation.
Chercher les contacts avec des groupes équivalents en Suisse (par la
SSMG) et dans la CE.
susciter d'éventuels contacts avec les médias.
2. Rendre des comptes
Au Groupe des médecins
généralistes enseignants et maîtres de stage et au GGMG.
Au professeur de Policlinique médicale (professeur H. STALDER) qui
est en contact avec les instances facultaires, politiques et administratives.
3. Tâches
a. Enseignement prégradué.
Organiser l'enseignement
de la MG au long des six années d'études médicales, sous
forme d'ateliers, de conférences, de stages aux cabinets médicaux
(individuels ou en groupe).
Adapter cet enseignement en fonction des nouvelles techniques pédagogiques.
Se former régulièrement en pédagogie.
Gérer les évaluations données par les étudiants.
Participer à la troisième partie de l'examen final de médecine
comme expert.
Collaborer étroitement avec la Faculté : contacts réguliers
avec le Doyen (professeur B. FULPIUS) et avec la Policlinique médicale
(professeur H. STALDER), avec le Conseiller aux Etudes (docteur J.-F. BALAVOINE),
et enfin avec le responsable de la grille horaire des cours (professeur A.
SAFRAN). Ces intervenants facultaires sont membres des Commissions d'enseignement
précliniques et cliniques.
Former et encadrer les enseignants et maîtres de stages.
Diriger le Groupe des enseignants.
Participer à l'enseignement de la relation médecin-malade en
étroite collaboration avec la Division de psychiatrie, en particulier
son unité de psycho-somatique (docteur M.ARCHINARD, docteur A. GUNN
SECHEHAYE).
b. Enseignement postgradué
Créer, développer
et soutenir une formation spécifique en MG, en collaboration avec les
différents services de la Faculté de médecine.
En particulier, susciter et encadrer la formation des assistants aux cabinets
des généralistes (conformément au nouveau règlement
de la FMH).
Gérer les "postes de MG" pourvus par l'HCUG (professeur A.
DONATH) : participer à la répartition des assistants, rendre
les activités de formation le plus spécifique possible pour
la MG.
Participer à l'évaluation de la formation postgraduée
en MG (un examen de fin de formation a été rendu obligatoire
par la FMH le 10 décembre 1992).
Intéresser les professeurs de divers services à diriger des
thèses, en particulier en utilisant le support de la pratique ambulatoire.
c. Formation continue
Participer à
l'organisation des cours de perfectionnement donnés par l'AMG et la
Faculté.
Soutenir sur le plan logistique les possibilités de formation proposées
par la Commission Fédérale de Formation continue de la SSMG
(le financement devant être assuré par les instances professionnelles).
4. Divers
Littérature
Choix de littérature
concernant la MG à suggérer à une bibliothèque
(Policlinique de Médecine ou Faculté). Le cas échéant,
suggérer également l'abonnement à des périodiques.
Collecter et répertorier de façon systématique les articles
et coupures de presse concernant la MG jugés importants à l'un
ou l'autre des enseignants.
Publications
Susciter ou rédiger
des articles et suggérer des lieux de publication adéquats (par
exemple Ars Medici, Meducs).
Publier régulièrement un bulletin d'information concernant la
mise en place de l'enseignement de la MG. Ce bulletin sera diffusé
à l'intérieur de la Faculté, à l'AMG, aux associations
professionnelles suisses et européennes, à l'AEMG (Association
des étudiants en médecine), ainsi qu'à l'ASMAG (Association
des médecins assistants).
Recherche
Dans sa réunion
de septembre 1992, l'Académie Suisse des Sciences Médicales
a confirmé l'importance de la recherche en médecine ambulatoire,
mis en évidence ses difficultés et fait des propositions pour
en améliorer les conditions. Elle a suggéré la création
d'un organe de coordination (Interface) entre les universités et les
médecins praticiens.
Les enseignants en MG pourraient faire des recherches et participer à
cet organe de coordination pour bénéficier de l'apport logistique
de la Faculté (par exemple pour l'élaboration de protocoles
de recherche). Dans cette perspective, les services de statistiques et les
ressources humaines (chef de clinique "scientifique" à la
Policlinique de médecine) de la Faculté seraient précieux.
Un soutien peut aussi être recherché auprès des industries
pharmaceutiques, soutien de type technologique et financier, en accord avec
les règles d'usage de la Faculté.
REMARQUE
Tant aux plans suisses
que genevois, la création d'une chaire de professeur en MG avec un
seul titulaire n'a pas paru une bonne solution. Le consensus largement approuvé
est que l'enseignement doit être donné par des médecins
gardant une forte assise en cabinets privés. C'est pourquoi la répartition
d'un poste de "Chargé d'enseignement" entre trois à
cinq médecins est la meilleure solution, tout en limitant les ambitions
personnelles.
Même ainsi, les médecins désignés ne pourront pas
remplir toutes les fonctions mentionnées dans ce document; ils devront
déléguer des tâches à des collègues et s'appuyer
sur le Groupe des enseignants et maîtres de stages. Leur temps d'engagement
limité maintiendra une stimulation dynamique. Ces conditions permettront
la défense d'un projet passionnant, un enseignement de la médecine
générale reconnu par la Faculté de Médecine et
par le réseau de la Santé à Genève.
Docteur Jacques CAMPICHE
Docteur Danièle LEFEBVRE
Docteur François MOTTU
Adresse: c/o F. MOTTU
6, ch. Vandelle
1290 VERSOIX
Tel. 022/755.52.62